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LA MARIONNETTE À L’ÉCRAN : PISTE D’ANALYSE

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Atelier Théâtre Jeune Public – Vidéo les beaux jours

« FILMER LES MARIONNETTES » (février 2003)

Pour inviter les participants de l’atelier à réfléchir sur la place de l’imaginaire de la marionnette dans l’audiovisuel, l’équipe de la Maison de l’image a organisé plusieurs séquences d’analyse de films. Pour les concevoir, elle est partie de la définition de la marionnette que donne le Larousse : dans une première acception, petite figure de bois ou de carton qu’on fait mouvoir à l’aide de fils, et dans une seconde, personne sans caractère, laquelle se rapproche de la seconde acception pour pantin : homme qui gesticule ridiculement, homme sans volonté.

Dès lors, les séquences se sont développées sur trois axes : la marionnette comme un objet qui s’anime, la marionnette qui représente l’humain (symbole), et enfin l’humain devenu marionnette (métaphore).

  1. La marionnette : l’objet presque humain

La marionnette se pose à la limite de l’animé et de l’inanimé. De même, le film la présente tantôt comme simple objet, tantôt comme être vivant, qui prend les traits de l’humain. Nous avons illustré ce cas de figure par deux tendances :

  • le traitement du conte : avec « Pinocchio » de Comencini, une simple bûche se plaint quand on veut la scier. Quand Gepetto taille dedans une tête de marionnette, celle-ci se met à cligner des yeux.
  • l’interprétation fantastique : dans « Chucky » et « La quatrième dimension », la même scène s’observe à vingt ans de distance. Une poupée, douée de pouvoir magique, est offerte à un enfant. Sa voix enregistrée se met à protester quand un adulte lui veut du mal. De même, la brillance de son regard fixe semble s’accentuer.

Par ces scènes surnaturelles, le film rappelle notre désir inconscient, nourri dès l’enfance, d’animer les objets qui nous entourent. Par le cadrage, la lumière qui ajoutent de la vie, le cinéma accentue le trouble auquel renvoie cette projection.

  1. La marionnette, une représentation de l’humain.

Dès le théâtre de Guignol, la marionnette a été utilisée sur le registre politique de la caricature. Elle représente les personnages importants de notre société, mise en scène dans des situations qui les tournent en ridicule. La télévision a perpétué cette tradition :

  • avec les marionnettes du « Bébête show » (années 80) : rassemblées autour d’un comptoir de bar, les hommes politiques, transformées en personnages de « Muppett show », commentent l’actualité sur le mode de la conversation de bistrot. L’animation est statique, les ficelles apparentes : l’important est l’art de la réplique, en résonance avec les stratégies que les modèles humains des marionnettes mettent en œuvre.
  • Avec « les Guignols de l’info » : il s’agit aussi de commenter l’actualité politique par un spectacle de marionnettes. Cependant, le traitement devient nettement plus télévisuel que théâtral : très sophistiquées, les images parodient les dispositifs publicitaires ou celles des émissions. Par ailleurs, les répliques renvoient aussi à des références audiovisuelles. Le rôle des marionnettes semble être devenu celui d’un commentaire critique du show télévisuel par sa reproduction plastique et le contenu des sketchs.

D’autres spectacles télévisuels utilisent la marionnette comme représentation de l’homme. Quittant le registre du rire satirique, approprié à l’adulte, ils rejoignent le merveilleux de l’enfance : ainsi les superproductions futuristes des années quatre vingt comme « Thunderbird ».

  1. L’homme devient marionnette

Il arrive aussi que l’imaginaire de la marionnette inspire le cinéma dans une perspective inverse : ce n’est plus l’objet qui s’humanise, mais l’humain qui devient objet. Certaines situations, le dépouillant de son libre arbitre, le réduisent à l’état de pantin gesticulant :

  • l’aliénation : l’homme sous le pouvoir d’un autre homme, n’est plus maître de ses faits et gestes. Cf « Le cabinet du docteur Caligari » où un jeune homme sous hypnose commet des crimes à son insu. Cf. aussi l’automatisation du geste, le vide des regards des travailleurs à la chaîne mis en évidence par le film (de fiction comme « Ressources humaines » de Bertrand Cantet, ou documentaire comme « Robots ») : les situations se répètent par des séquences vues chaque fois sous un angle différent.
  • La manie : l’homme s’enferme dans une logique unique qui lui dicte ses mouvements. Cf le versant dramatique avec « le dernier des hommes » de Murnau, ou le versant comique avec « Jour de fête » de Jacques Tati : livré à une obsession d’efficacité, le héros devient un personnage mutique, aux gestes mécaniques, entraîné dans une précipitation qui le déporte de l’espace temps des autres hommes.
  • La tragédie : le personnage est devenu le jouet du sort. Il n’est plus que l’agent du récit tragique, il le mène à son aboutissement dans un état de somnambulisme. Cf. la scène de mariage dans « Les damnés » de Visconti, ou la scène de bataille dans « Non, ou la vaine gloire de commander » de Manoel de Oliveira.

A l’écran, la perception de la marionnette se distingue souvent de celle du spectacle vivant. Elle repose davantage sur son statut ambiguë entre l’animé et l’inanimé. Peut-être ce regard va t-il inspirer insensiblement le marionnettiste, à présent nourri de films comme son public.