Boîtes à Idées


ATELIERS SONORISATION D’ARCHIVES

Premier né de notre « boîte à idées » d’ateliers en cours de construction sur notre site, le focus de ce mois porte sur la possibilité de monter des ateliers autour de la sonorisation de films d’archives.

Il existe de nombreux fonds de films amateurs déposés en archive qui sont libres de droits, donc que l’on peut manipuler en atelier librement.

Un des premiers critiques de l’histoire du cinéma, resté anonyme, écrivait en 1895 dans le journal La Poste : « Lorsque tous pourront photographier les êtres qui leur sont chers non plus dans leur forme immobile, mais dans leur mouvement, dans leur action, dans leurs gestes familiers, avec la parole au bout des lèvres, la mort cessera d’être absolue ».

Une des singularités des images d’archive repose sur le fait que le spectateur se trouve confronté à la réalité concrète d’un moment révolu. Parce qu’elles ont survécu aux hommes et aux événements qu’elles continuent de montrer, ces images permettent de penser la relation au temps et peuvent être utilisées comme écriture audiovisuelle. Et c’est bien dans ce but que les élèves de l’atelier cinéma ont travaillé. Ils devaient réfléchir au statut des archives et à leur capacité à donner du sens lorsqu’elles sont mises en relation avec d’autres images, plus récentes. Réemployées et agencées selon un ordre donné, elles jouent un rôle dans la récupération et la reconstruction filmique du passé au regard du présent.

Outil de catalyse puissant capable de faire rejaillir chez chacun d’entre nous des souvenirs jusqu’alors oubliés, les images d’archive sont le pivot de ces films ; pivot autour desquels se dessinent des histoires où se mélangent tour à tour réalité et fiction, passé et présent. Ces films sont le croisement de deux regards, de deux générations, de deux temporalités qui regardent ensemble vers leurs avenirs respectifs.

Il en ressort des créations personnelles à partir d’images déjà tournées, sur lesquelles il suffit d’apposer des créations sonores ou doublages pour les faire revivre; on peut aussi les monter avec des séquences « actuelles » tournées par les participants.

Archives photographiques ou filmées

On se demandera d’une part:

-comment les trouver (fond public ? Privé ? Droits ?) : à Strasbourg, l’on peut se diriger soit vers l’association MIRA pour les films amateurs (ils ont déjà des partenariat pour l’utilisation d’archives en atelier), soit demander à l’INA (pour la manipulation des images sans diffusion, le prix demandé peut être raisonnable). Il existe aussi de nombreuses annotations sur les différentes sites de recherches d’images sur Internet indiquant que l’on peut se servir de ses images: public Domain, creative communs,..

-comment les utiliser : en l’état, ou au contraire comme une matière à transformer (création d’une bande sonore, ralentis, effets…) ?

Found Footage from Ciclic on Vimeo.

Les différents aspects de la bande son

La bande son d’un film, d’une vidéo ou d’une exposition constitue sa partie sonore.

  1. Les dialogues et sons synchrones enregistrées sur le tournage et, éventuellement, les dialogues postsynchronisés en postproduction.
  2. Le montage son des effets, des ambiances et de la conception sonore.
  3. Les bruitages enregistrés en postproduction.
  4. La musique — généralement l’un des composants essentiels de la bande son d’un film, elle offre au spectateur un support à son émotion.

Ces différentes sources sonores sont mixées pour constituer la bande son finale du film.

 

L’exemple du film « Quand je serai dictateur » de Yaël André

Désigné comme un documentaire de science-fiction, le film de Yaël André s’inscrit d’emblée dans un genre de cinéma indéterminé, hors des catégories classiques, mais qui colle parfaitement à la définition qu’en donne la cinéaste. Celle d’un cinéma imprévisible, qui permet de faire exister une réalité qui sans lui n’existerait pas. 

Une création étonnante, réalisée à partir de centaines de bobines Super 8 et 8 mm « amateurs » des années 40 à aujourd’hui, et qui repose sur un squelette fort qui est celui de sa voix-off, fantasque, emprunte d’un imaginaire passionné et passionnant. Un film où fiction et documentaire se mêlent dans un récit émouvant et poétique.

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L’exemple du film « Sur la plage de Belfast »d’Henri-François Imbert

Sans titre2Sur la plage de Belfast, moyen métrage d’Henri-François Imbert, avait révélé un cinéaste au regard singulier et précieux. (…) Au cœur du cinéma d’Imbert, il y a l’idée de retrouvailles : avec les autres, et sans doute aussi avec soi-même. Mais ce qui fait la beauté de …Belfast et de Doulaye, c’est l’incertitude absolue qui sous-tend tout le projet, l’impossibilité de savoir au départ s’il aboutira, si ces retrouvailles tant espérées auront lieu.
Vincent Arquillière / Les Inrockuptibles n°331

Sur la plage de Belfast est une expérience du temps, comme tout récit qui se respecte. On oscille entre passé, présent et futur. La musique l’a compris, partagée entre statisme (évocation des fantômes passés) et dynamisme (traduction de la quête présente), en écho des champs magnétiques, du passé et du présent, qui tendent l’histoire. Mais c’est la voix du narrateur qui mène le jeu. Le « je » du cinéaste distribue à sa guise les indices, tantôt annonçant, tantôt confirmant ce qui arrive, révélant même des pans inconnus de l’intrigue, secondaires ou capitaux. Le rythme du récit naît du décalage entretenu, parfois intime, parfois conséquent, entre informations sonores et visuelles. Les rares instants de son direct sont données comme une grâce où les temps fusionnent dans un présent absolu. (…) Sur la plage de Belfast invite ainsi son spectateur à reconsidérer son existence, à déchiffrer sa vie au miroir du puzzle qu’il se trouve en position de reconstituer au fil du film.
Philippe Roger / Livret Lycéens au cinéma 2002-2003

Le titre, Sur la plage de Belfast, renvoie aux premières images d’une famille sur une plage des côtes irlandaises, qui suivent celles d’une femme brandissant un plateau argenté dans les mains, puis des images tremblées prises dans un magasin. Le cinéaste, après avoir fait dater le document par le laboratoire Kodak, se rend, pourvu de ces maigres indices, en Irlande du Nord avec en résonance la phrase de l’écrivain-voyageur anglais, Bruce Chatwin : «Lorsque l’on tente de reconstituer une histoire, plus débridée sera l’enquête, plus grandes seront les chances qu’elle aboutisse.» Il y filme les différentes étapes de son investigation, qu’il alterne avec les images trouvées, jusqu’à la résolution de l’énigme. Les âmes du film prennent alors vie devant sa caméra, désormais identifiées et visiblement étonnées qu’une caméra puisse voyager autant.
Corinne Garnier / www.parutions.com

Outils

http://www.lecinemadehenrifrancoisimbert.com/
Retour sur l’oeuvre de Henri-François Imbert, réalisateur du court-métrage Sur la plage de Belfast, avec une rétrospective de ses films (à télécharger sous format PDF)

http://www.cnc.fr/web/fr/lyceens-et-apprentis-au-cinema1/-/ressources/3903391
Dossiers pédagogiques lycéens et apprentis du cinéma sur le site du CNC

http://www.crdp-lyon.fr/docencourts/
Site d’accompagnement pédagogique du DVD proposé par le réseau Canopé